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CATALOGUE D'EXPOSITION

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PREFACE

André Blondel a laissé de telles traces de ses passages dans notre région qu'il fallait bien songer à rassembler et presenter quelques unes de ses nombreuses toiles. Le dixième anniversaire de sa mort donnait à notre Musée l'occasion d'un hommage rétrospectif, mais au moment que nous prenions cette decision, une même pensee inspirait à notre collègue de Narbonne le désir d'exposer les peintures de Blondel au Palais des Archevêques. Dès lors, il ne s' agissait plus d'un modeste hommage, mais d'une importante rétrospective comprenant des oeuvres exécutées principalement dans l'Aude et dans I'Hérault. Ces expositions se complétant l'une l'autre, nous décidions de faire un catalogue commun ; ainsi reliées ces deux manifestations n'en prendraient que plus d'ampleur.

De 1945 à 1949, Blondel fit à Sète de longs et fréquents séjours. Les motifs nombreux et variés proposés par notre ville l'enchantaient, principalement le port et ses quais ou encore les pentes riantes du Mont saint-Clair. Sa femme y étant née, il trouvait dans notre cité une ambiance familiale réconfortante, mais aussi un milieu artistique exaltant. C'est en 1945 que Desnoyer passa ses vacances à la Corniche et l'année suivante qu'il décida d'acheter une «baraquette». Attirés par la réputation de notre ami François de nombreux peintres se groupèrent autour de nous, à tel point que l'on parla d'une Ecole de Sète. Blondel en fut un des membres importants. Une évocation de ces heures d'intense création artistique a été tentée en groupant autour de lui quelques uns des plus fidèles et fervents représentants de cette Ecole.

On qualifia de «fauvisme sombre» les premières toiles qu'André peignit à Sète. Des noirs, des violets, des bleus sourds, quelques rares verts sont à la base d'une harmonie soutenue qu'un rouge vif, un jaune ou un blanc éclairent brutalement. (Le Quai sombre, les Remorqueurs). C'est ensuite une periode plus sereine qui n'est pas sans rappeler Bonnard (Trouée de la baraquette). Une couleur claire et joyeuse forme avec des raffinements de matière un ensemble qui donne des chemins de saint-Clair une vision optimiste et ensoleillée. Cette sérénité n'est d'ailleurs obtenue qu'au prix d'un travail acharné, d'élans enthousiastes et de découragements vite surmontés. C'est alors que dévoré par une fièvre créatrice, peignant du matin au soir, il oubliait parfois le repas de midi, qu'un petit pain mange à la hate remplaçait. II expose à Sète, à Montpellier, à Perpignan, des amateurs achètent ses toiles, il a la joie de compter parmi eux Raoul Dufy, qu'il admire grandement. Et c'est le depart pour Paris. Il pourra désormais partager son temps entre Sète et la Capitale. II atteint à une facture beaucoup plus libre. Un graphisme apparaît qui sert de lien entre des taches de couleurs claires (le Cargo « Le Violent », Notre-Dame-de-Paris). Va-t-il connaître enfin les joies de la création sereine ? Non, helas ! car survint brutalement sa fin tragique qui nous plongea dans la consternation.
Cher André, nous sommes fiers d' avoir compté parmi tes meilleurs amis !

Gabriel COUDERC

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André BLONDEL

J'ai connu André Blondel et j'étais devenu son ami. Notre rencontre à vrai dire fut curieuse. C'était pendant la dernière guerre. Il m'apparut tel un génie des fontaines et des bois, présenté par la plus gentiIle des fiancées. Lui savait qui il était ; moi pas.

Je dois dire qu'il a embelli ma vie, qu'il l'a enrichie. Il n'affectionnait rien tant que de battre la campagne ; nous allions de conserve, silencieux, tous rêves mêlés. Un moulin à vent démantelé par le mauvais temps le laissait indifférent, mais un chemin creusé par le pas des hommes l'émouvait. S'il s'arrêtait c'était pour me demander: « Où allaient-ils donc ces hommes qui ont passé par la, vers quel but, mûs par quelles espérances, vers quel amour? » La marche de l'humanité l'intéressait plus que tout.

Il arrivait avec la cohorte des jeunes hommes qui avaient vécu dans la tourmente. Il y avait dans son regard cette expression directe et quelque peu hagarde de ceux qui ont été traqués et avaient dû se résoudre à vivre dans les bois sans abandonner leur trésor. Son trésor c'était la lumière dans laquelle il se mouvait. En la compagnie des peintres et des poètes de cette ville de province où le destin l'avait porté, il semblait que sa timidité apparente, son effacement, sa discrétion, sa gentillesse dussent le reléguer dans le sillage de ses nouveaux camarades. Il n'en fut rien. Il se dégageait de sa personne un rayonnement mysterieux. Il parlait peu, mais chacune de ses paroles avait la valeur d'un symbole ; ses gestes courts et mesurés étaient à la fois empreints de noblesse et d'autorité. Il n'aimait guère en ce temps-là, et pour cause, s'attarder à parler du passé, de ses origines, de ses combats, et les souffrances endurées ne furent pour lui qu'un tremplin pour s'elancer à corps perdu dans la nouvelle aventure.

De multiples problèmes se sont posés à ces hommes jeunes qui venaient de résoudre le plus ardu de tous : Celui de la liberté. Blondel n'avait pas à choisir. Il était né peintre. Il possédait d'instinct le sens de la couleur par laquelle s'exprime la vie, et il recelait en son âme la passion des grands créateurs.

Pour Blondel, peindre était un acte d'amour et de foi. De son pinceau il fouillait intuitivement l'âme des choses et le coeur des êtres, et d'une manière frénétique, qui traduisait l'inquiétude de ne point saisir assez vite ce qu'il tenait en esprit, et il posseda cependant comme nul autre le genie de la main.

De 1946 a 1948, il exposa successivement à Montpellier, Toulouse, Sète et Perpignan. Des admitateurs passionnés sont frappés par une peinture qui fait penser aux plus grands et ne ressemble à aucun. Dans chacune de ces villes, la commission des Beaux-Arts alertée lui rend visite et, timidement helas ! fait l'acquisition d'une de ses oeuvres pour le Musée ; mais au cours d'une de ses expositions, Raoul Dufy en résidence à Perpignan, lui achète d'un seul coup, trois peintures.

Des détracteurs, il en a aussi ; le plus souvent il leur sourit. A ceux qui disent : « Ce peintre voit les maisons de travers ». Il répond : « C'est vous qui voyez le monde de travers ! » Et ceux là, point assurés de leur propre jugement, s'en vont tout penauds, comme de petits garçons pris en faute.

Dans ses portraits d'enfants, il peint la candeur, l'éveil, l'ingénuité, voire la malice. Avec des modèles majeurs il croise, non point le fer, mais il engage un combat intérieur au terme duduel leur état d'âme passe du réel au surréel ; il pousse le trait avec autant de vigueur que de décision de telle sorte qu'on peut y lire dans ses portraits comme à livre ouvert.

Du paysage il s'attachait à saisir non point tant le lieu, mais l'atmosphère du lieu, ce qui en est la vie, et il peint dans ses toiles le vent, la pluie, le froid, le feu de midi. Nul n'a mieux recrée le fouillis d'un port grouillant de présences humaines, où souvent toute silhouette est absente, où à peine esquissée. Ah! que n'a-t-il pu faire, pour aller au bout de sa découverte, une longue carrière semblable à celle d'un Bonnard, à qui on l'apparentait parfois, et dont on disait qu'il était « moins suave et plus violent, moins joyeux et plus grave ».

On peut dire qu'il a été en partant de l'Ecole de Sète, un maître, de qui s'est inspiré toute une génération d'artistes méditerranéens ; il en était tout étonne, lui qui fut toujours indifferent aux écoles autres que celle de la nature et seulement attentif à l'état du ciel et de la mer. On se levait tôt pour le suivre, et on se couchait tard pour l'entendre.

André Blondel est mort accidentellement un soir de juin 1949. De Paris où il s'etait fixé il nous ecrivait quelques jours avant sa fin tragique, tout à sa joie de la création : « La lumière guide ma palette et je chante parfois comme un oiseau » plus loin, il ajoute : « On ne saurait qualifier de peinture toute création dont l'homme est absent ».

La ville de Narbonne, en la personne de M. Viguier, le Conservateur du Musée d'Art, a pris l'initiative d'une rétrospective de ses oeuvres ; - Quelle en soit louée. Qu'il en soit félicité - ; De chacune d'elles s'élève un cri, le cri d'un homme qui voit le monde au-delà de la nuit qui nous enveloppe, d'un homme qui s'efforce d'éclairer notre marche à la lueur de sa palette, de nous libérer du mensonge.

De lui, M. Couderc, Conservateur du Musée de Sète a dit : « André Blondel a poursuivi sans aucune concession la recherche de la vérité, de sa vérité, la seule valable, précieuse parce qu'unique ».

A une jolie dame aux yeux verts, il fit : « Vos cheveux ont des reflets verts. Il faut que je compose ma palette avec du vert ». Et certains jours, selon l'état de son exaltation intérieure, il peignait les arbres en rouge, et jamais le monde qu'il révélait n'avait paru si grand, si vrai, ni plus vivant.

Cette frénésie clans la réalisation de son oeuvre, cette hâte conjuguée avec une rare puissance de travail, s'expliquant aujourd'hui, et la destinée de ce genial artiste nous parait avoir quelque analogie avec celle du grand Vincent : Une fenêtre s'est ouverte sous la poussée d'une echelle, et il est tombé.

André Blondel ressuscité. Ses oeuvres nous apportent l'éclatante révélation de son art. Par elles, nous croyons l'entendre encore: « Une oeuvre bien faite s'ajoute aux créations de la nature ; elle en est une à travers l'homme. Il y a un abîme entre ce que nous pourrions appeler une description impersonnelle, une copie servile et une peinture. Certains peintres reproduisent avec habileté des images sans valeur. L'art proprement dit, ne consiste pas à reproduire mais à créer. » Sa conversation aisée, familière, toute simple, était un enrichissement et un régal pour l'esprit. Il excellait à demontrer les rapports qui existent entre les écoles à différentes époques de l'histoire de l'art, les tendances qui reviennent sous des formes nouvelles d'expression, et la possibilité qu'il y aurait à transformer une belle esquisse de Rubens en un tableau d'une facture moderne. Les valeurs pures se retrouvent en effet, en dépouillant une oeuvre de l'influence qu'elle a subie ; on arrive ainsi à déceler en elle la continuité de la peinture à travers le temps.

André Blondel confirme sa presence dans son oeuvre ; par elle le temps d'une vie perclue est retrouvé, et révèle pour notre enchantement que « tout semble plus réel dès que cela devient irréel ».

Michel MAURETTE

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On ne peut plus dormir tranquille quand on a une fois ouvert les yeux.
Pierre REVERDY

Il avait un visage d'enfant, avec de grands yeux ronds, étonnés. Il semblait toujours être seul et il était toujours avec tous ceux qu'il aimait, tous ceux qui l'aimaient. Possédé de la vie, parce qu'il avait la prémonition de sa mort, Andre Blondel a basculé dans la mort il y a dix ans. Mais il nous teste la présence de sa vie, sa peinture. La voici, audacieuse et tendre, arrachée au temps. Elle nous raconte l'histoire d'un artiste qui allait vers la beauté, une image de l'homme et de ses rêves, et qui la rencontra.

Pour peindre, passionnément, pour s'exprimer sans relâche en d'incessants déchirements André Blondel, inventa un alphabet semblable à celui d'un autre poète : - A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu..., écrivit les cris des couleurs crues, nues, les caresses des accords subtils, délicats, tendus jusqu'aux larmes, les dialogues des confrontations étonnantes, mystérieuses. Le mot de passe, pour pénétrer dans son domaine, porte le plus beau nom. Le Sésame-ouvre-toi, I'Amour, il faut que nous le serrions contre le coeur si nous voulons prendre part à la fête cruelle et douce à la fois où nous conduit en nous tenant par les yeux une exposition, si nous voulons répondre à l'espoir et aux douleurs du peintre qu'elle nous rend.

Les tourments habitent la peinture d' André Blondel, comme ils hantèrent son esprit de visionnaire. Le don prodigieux et terrible permit à l'artiste de s'accomplir, de signer avec sa souffrance l'amour pour tout ce dont il fit son oeuvre, le regard de ses portraits, l'éclat des fleurs, la vertu d'objets simples, le silence du cargo en instance d'évasion, l'invitation d'un passage dans les terres, de la rue qui s'appuie sur un mur blême. A tel point fut immense cet amour qu'il marqua aussi l'oeuvre d'un grand apaisement. L 'inquiétude et la sérénité, les deux éléments essentiels du tempérament d' André Blondel, ne furent d'ailleurs pas contradictoires mais complémentaires, l'un étant le moteur du doute qui permet la création, l'autre la certitude pour le peintre d'atteindre sa vérité. L'ayant cernée, saisie et fixée, il ferma les yeux. Il dort, tranquille. Ainsi le voulait un exigeant destin.

Le souvenir et l'amitié, fidèles, nous donnent à voir, pur, précieux, l'oeuvre d' André Blondel. Il y aura désormais davantage de lumière dans notre vie.

Fernand DUFOUR

 

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MARC BLONDEL- 2010. Tous droits réservés. All rights reserved.

 

Biographie Sasza Blonder Andre Blondel
Tableaux Sasza Blonder Andre Blondel
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André Blondel- peintures, aquarelles, dessins
Palais des Archevêques de Narbonne /Musée municipal de Sète
Préface de Gabriel Couderc, Michel Maurette et Fernand Dufour
Juillet 1959 - 70 pages